Il y a quelques semaines, j’avais écrit un billet sur le discours de Sarkozy à Dakar cet été, mon plus gros étonnement est que ce discours n’est pas fait l’objet de plus de débat dans “notre” actualité.
Mon étonnement porte à présent sur le peu d’échos qu’à eu l’intervention de M. DOUDOU DIÈNE, Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée , cette semaine à l’ONU, dont voici quelques extraits :
“M. Diène a également souligné que la légitimation intellectuelle du racisme, de la xénophobie et de l’intolérance, se traduisait par le nombre croissant de publications dites scientifiques ou littéraires ou de déclarations publiques, qui sous couvert de la défense de l’identité et de la sécurité nationale, développent des théories et des concepts explicatifs marqués par la lecture ethnique ou raciale des problèmes sociaux, économiques et politiques. [...] Le Rapporteur spécial a également indiqué que le discours du président français à Dakar, le 26 juillet, s’inscrivait dans cette dynamique de légitimation du racisme.
La criminalisation et le traitement exclusivement sécuritaire des questions relatives à l’immigration, à l’asile, à la situation des étrangers et des minorités nationales, ethniques, religieuses et culturelles, qui ciblent les victimes principales du racisme figure aussi parmi les lourdes tendances énumérées par le Rapporteur spécial. À cet égard, il a déclaré que c’est dans ce contexte que s’inscrivent les propos de Kevin Andrews, ministre australien de l’immigration et de la citoyenneté, singularisant les ressortissants soudanais comme un groupe ayant des problèmes à s’intégrer dans la société australienne. En France, le récent projet de loi introduisant les tests ADN dans la procédure de traitement administratif des postulants au regroupement familial constitue aussi une illustration de cette stigmatisation de l’immigré. Parmi les autres lourdes tendances, il a cité la montée et la diffamation des religions et de la haine raciale et religieuse, de l’antisémitisme, de la christianophobie et plus particulièrement de l’islamophobie.
[...] Dans son discours de Dakar, même le Président français a dit de manière incroyable que les africains ne sont pas rentrés dans l’histoire. C’est un stéréotype fondateur des discours racistes, a dénoncé le Rapporteur. Pour combattre le racisme, il faut que tous les gouvernements fassent preuve d’une même volonté politique qui est malheureusement absente, selon le Rapporteur. Le racisme est un iceberg mutant qui se renouvelle sans cesse. Il ne faut pas s’arrêter à la partie visible de l’iceberg, mais s’attaquer aux racines profondes du racisme. Caractériser l’Islam comme étant une menace fait partie du même discours raciste, a-t-il encore ajouté. La liberté d’expression est fondamentale, mais il faut la défendre dans le sens des Pactes Internationaux des droits de l’homme qui posent le principe des restrictions et limitations. Il ne faut pas inventer de nouveaux droits mais appliquer les Pactes internationaux.
[...] Reprenant la parole, le représentant de la France a estimé que les termes employés par le Rapporteur spécial ne sont hélas pas acceptables, a déclaré le représentant. Notamment la mention au discours de Dakar du 26 juillet dernier. Les accusations du Rapporteur spécial sont infondées et irresponsables, a estimé le représentant français, pour lequel le Président de la République a réaffirmé dans ses discours et ses actes que la lutte contre le racisme faisait partie de ses priorités. Concernant le récent projet de loi sur les tests ADN, il a précisé que cette mesure ne visait aucunement à imposer aux candidats à l’immigration de tels tests, mais uniquement de les proposer sur une base volontaire. Il s’agit d’une alternative aux familles qui sont candidates au regroupement familial et qui permet de faire valoir leurs droits en cas de manque de preuve de liens familiaux. La France est de longue date une nation qui a su s’enrichir culturellement des différentes vagues d’immigration venues de toutes les régions du monde. Elle entend poursuivre dans cette voie, dans le respect de tous et des droits de l’homme, a indiqué le représentant.
[...]
Répondant au représentant de la France, M. Diène a indiqué qu’il était essentiel que le Président français, Nicolas Sarkozy, sache que le discours de Dakar a causé une blessure profonde. Dire devant des intellectuels africains qu’ils ne sont pas entrés dans l’histoire s’inspire des écrits racistes des XVII, XVIII et XIX siècles, a précisé le Rapporteur. Ce discours a, de plus, été repris par des groupuscules qui cherchent à nourrir leur idéologie raciste.
[...]“
Ces débats ne sont-ils pas suffisamment important pour être abordé de façon visible dans notre actualité ?
Car j’ai bien peur que ces articles ne soient pas suffisamment visible :
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2007-10-29-prejuges